Jean- Luc CHEVANNE
|
|
La nganga, constitue le principal élément de l’autel du palero , qui est disposé à même le sol dans le coin d’un abri de jardin anonyme. Elle est donc placée au centre. Egalement appelée canasta [1] , prenda de palo [2] , prenda de hierro [3] , ou perro de prenda [4] , elle est dédiée à Sarabanda, qui est dans le rituel de palo-monte l’équivalent de Oggun pour le rituel de santeria, (lui-même l’un des trois dieux guerriers Orisha du panthéon Yuruba : Eleggua, Oggun, Ochosi).
Oggun est le dieux des métaux, de la montagne (Monte), de la guerre et de la forge ; sa couleur est le violet et son attribut est le machete que brandit le danseur dans une danse guerrière ; on l’identifie également à Saint Pierre. Le fer est largement utilisé : la prenda est en fer, entourée de fers à cheval, de clous, de modèles réduits d’outils (marteau, enclume, faucille, couteau, machete, pinces, tenailles), et elle est ceinte d’une chaîne en fer aux dimensions de la taille du palero, verrouillée par deux cadenas également de fer. Elle est surmontée d’un symbole en fer forgé constitué de trois flèches et d’un râteau qui représente Sarabanda. Une petite échelle en fer y prend également appui, et trois machete sont plantés verticalement sur son pourtour. Les deux npaka (ou chamalongo) sont symétriquement disposés sur le couvercle : ces cornes de boeuf fermées par de petits miroirs sont les yeux de la prenda qui permettent à Sarabanda de voir les participants et le monde. (.../...)
A LIRE EGALEMENT DANS LA VERSION INTEGRALE DE "GESTE ET IMAGE" N°1 :
L'AUTEL : L’autel, et plus particulièrement la prenda de palo, acquiert de plus en plus de puissance à mesure que se répètent les rituels (.../...).
LES SIGNATURES (Firmas) : Les signatures utilisées sur l’autel du palero sont généralement tracées à la craie à même le sol devant l’autel comme le montre la photographie ci-après du signe modifié de Sarabanda (.../...)
Le tata nganga ouvre le rituel par une série d’invocations et de conjurations par lesquelles il demande à Sarabanda l’autorisation (licencia) de faire le cérémonial : «Nsala malekun, malekun nsala (salutation à la prenda). Va con licencia de Lucero Mondo ; va con licencia de Sarabanda,- va con licencia de Centella Ndoki ; va con licencia de Siete Rayos,- va con licencia de Pata’e Ilaga ; va con licencia de Madre de Agua - va con licencia de Mariquilla ; va con licencia de Pajarito ; va con licencia de Padre Tiempo ; va con licencia de todo nfumbi que està vacheche, que està jorocuma, encima ntoto y arriba nganga.».( vas, - agis - avec la permission de Lucero Mondo ; vas avec la permission de Sarabanda, etc. Vas avec la permission de tout nfumbi (esprit du mort) qui est rodant, qui est errant, au dessus de tout et au dessus de la nganga) .
Les participants chantent et reprennent en choeur : « Lindo, lindo, palo mindo, ya se va lindo ! » (joli, joli, joli palo, il s’en va, joli !) et les premières possessions de femmes par le nfumbi se manifestent.
Les participants chantent en choeur « Wele, wele mololo ! wele, wele, wele mololo ! » ( phonétiquement : il sent, il sent, le chevreau ! Littéralement : il s’en va… [10] ) alors que le chevreau est introduit jusque devant l’autel ; il ne semble pas effrayé : il ne bêle pas et ne cherche pas à fuir ; est-il drogué ou tétanisé par la peur ? Le tata nganga le saisit par les cornes et le porte à son front, puis à sa poitrine et le laisse retomber sans ménagement au sol ; le même rituel est repris par l’acolyte, par les initiés et par tous les participants. A ce moment, il cherchera à fuir et sera ramené devant l’autel.(.../...)
Pris d’une frénésie feinte ou réelle, le tata nganga taillade de plus en plus profondément la gorge du chevreau en criant « sangre ! sangre ! sangre ! » (sang ! sang ! sang !), et ce cri est repris en cœur par les participants. La tête est enfin arrachée d’un dernier coup de couteau et lancée sur l’autel, tandis que les participants chantent : « Como cota [12] el mbele [13] , como cota el mbele ! » ( comme il coupe le couteau, comme il coupe le couteau ! ).
Deux coqs (nsusu) sont ensuite sacrifiés selon le même rituel. (.../...). Puis un nouveau chant est entonné : « Sarabanda que banda, tchi tchi li magu, choca huessos contra huessos, tchi tchi li magu ! » ( Sarabanda qui lie ( ) choque les os contre les os ) tandis que les participants s’entrechoquent les avant-bras en dansant. (.../...)
Après s’être à son tour purifiée, la ngudi nganga se met à tournoyer en haletant et en sifflant comme un serpent, et à nettoyer tous les autres participants l’un après l’autre, leur signifiant un oracle par d’amples gestes .(.../...)
Lydia Cabrera : El Monte, 1954, La Havana, Cuba 1956/
Jesus Fuente Guerra : Raices bantu en la regla de Palo Monte, Cienfuegos, Cuba 1996.
Israel Moliner : Los cultos zoolàtricos, in Estudios Afo-Cubanos II, Universidad de La Havana 1990.
Juan-Tomàs Roig y Masa : Dictionario botànico de nombres vulgares cubanos, Ed. Scientifico tecnica, La Havana 1998.
Fernando Ortiz : Los negros brujos, La Havana 1906.
FONDS PHOTOGRAPHIQUE
Anne Fontvieille, mission ISCI Paris8, décembre 1996.
FILMOGRAPHIE
Orisha : Babalu Aye, 63mn, vidéo, J. L. Chevanne 1996.
Palo Monte, 47mn, vidéo, J. L. Chevanne 1996.
[1] Canasta : panier, récipient.
[2] Chaudron de palo.
[3] Chaudron de fer.
[4] Chien de chaudron (par référence aux ossements de chien qu’elle contient).
[10] Wele : preterit de kwenda (idée de départ dans un autre monde. Ce chant a pour but de fermer le retour de l’esprit de l’animal sacrifié dans le monde des vivants.
[12] Cota ou corta.
[13] Mbele : couteau.